Commentaires
d'ACF
Pour rendre compte du mystère de ce génie
que fut Mozart, suffit-il de dire qu'il ait été choisi
par Dieu pour être le reflet de sa propre beauté ou suffit-il
d'écrire que Bach était plus tourné vers Dieu tandis
que Mozart serait à la fois témoin et interprète
d'un Dieu tourné vers les hommes ?
Pour
approcher le mystère de la création musicale chez Mozart,
Fernando Ortega, argentin, professeur de théologie à l'Université Catholique
d'Argentine, a divisé son étude en deux étapes :
il étudie d'abord, à travers ses œuvres et sa correspondance,
quelle idée Mozart se faisait de Dieu. Mozart croyait en un Dieu
miséricordieux et en même temps exigeant. Cette image de
Dieu va être brouillée quand il va subir l'épreuve
déchirante de la mort, celle de sa mère lors de son séjour à Paris
puis celle de son premier enfant. C'est en regardant en face la mort
qu'il va traduire dans sa musique autant profane que religieuse une autre
approche de Dieu. Mozart pensait en musique et exprimait en musique la
présence mystérieuse de la grâce dans le cœur
mortel de l'homme. Il a exprimé sa recherche, ses interrogations
et sa foi autant dans ses opéras que dans ses œuvres religieuses
.Pour Mozart, la musique, la parole et l'action des artistes pouvaient
laisser deviner que le drame de la mort pouvait être un passage
vers une libération.
La
deuxième partie de cet ouvrage porte le titre de "Le Mozart
de Dieu" F. Ortega étudie comment Mozart a abordé la
beauté de Dieu, pas la 'Beauté' en soi mais la "Beauté suprême,
couronnée d'épines et crucifiée." A la fin
de sa vie, Mozart qui possède la pleine maîtrise de la création
artistique, va exprimer cette vision de la 'beauté crucifiée'
par une musique marquée par la simplicité, la transparence
et la pauvreté.
L'auteur
consacre son dernier chapitre à la dévotion mariale de
Mozart. Cette dévotion permet de dévoiler l'autre sujet
qui avec la mort, a polarisé la création musicale de Mozart
: l'amour. La musique de Mozart laisse deviner qu'il a tressailli de
joie en Dieu qui l'aimait. "Que cette ultime allégresse soit
inséparable du cri de la Croix, voilà le paradoxe qui nous
a conduit à étudier Mozart à la lumière du
mystère de la Beauté du Christ. Dans cette Beauté,
le musicien a trouvé le sens des deux réalités – l'amour
et la mort – qui, en le déchirant, l'ont ouvert à la
Vie." (p.143)
Dans
un autre livre intitulé 'Mozart, la fin de sa vie.', Claire Coleman
et Fernand Ortega s'interrogent sur l'épreuve qu'a subie Mozart
durant l'année 1790, année durant laquelle il n'a pratiquement
rien composé. "Il écrit à sa femme : "Si
les gens pouvaient voir dans mon cœur, j'en aurais presque honte,
tout me semble froid, glacé…" Et l'année suivante,
dans une autre lettre à sa femme : "Je ne peux t'exprimer
mes sentiments, c'est un certain vide, qui me fait très mal – une
certaine soif qui l'est jamais satisfaite, qui donc ne s'apaise jamais – qui
dure toujours et même croît de jour en jour." Les auteurs
de cet autre livre sur Mozart pensent que ce musicien génial a
vécu cette année là une épreuve que traverse
les mystiques. Aussi, C. Coleman et F. Ortega n'hésitent pas à rapprocher
ces écrits de Mozart à sa femme avec ceux de Mère
Thérèsa de Calcutta : "Mon sourire est un grand manteau
qui couvre une multitude de douleurs… J'éprouve que Dieu
n'est pas Dieu, qu'il n'existe pas vraiment. C'est en moi de terribles épreuves.
Comme si tout était mort en moi, car tout est glacial. C'est seulement
la foi aveugle qui me transporte parce que en vérité, tout
est obscurité en moi." (p.20)
Quand
on ferme ces deux livres sur Mozart, on n'a plus envie d'utiliser la
musique de Mozart comme musique de fond mais de redécouvrir l'œuvre
de ce génie qui a chanté la beauté de Dieu qui
illumine la boue des hommes.
Abbé Robert Pousseur, février
2006 |